Blog-sur-Loire

Août 2018

Parole de Millière !

Françoise Benassis
Blogueuse pour Millière Raboton

Elles, ils vivent sur les rives de Loire depuis toujours. Elles, ils ont choisi d’y retourner pour s’y installer jusqu’à la fin des temps. Certaines, certains y accourent spontanément après un coup de foudre avec le fleuve et ses paysages. Nul n’en décarre. En somme, vivre en Loire, c’est adopter un art de vivre et s’y tenir trop heureux !

Pour Blanche, bien connue des chaumontais, qui a toujours vécu proche de la Loire, vivre en Loire, c’est l’attirance pour le fleuve sauvage et sa lumière tourangelle chaque jour différente avec sa transparence si particulière qu’elle n’est pas celle, par exemple, qui éclaire Saumur… Elle évoque aussi l’atemporalité de l’univers ligérien.

Catherine Loriot

Pour Aurélien, guide-pilote Millière Raboton, vivre en Loire correspond à un rituel quotidien qu’il qualifie de vital : venue au port, préparation des bateaux, accueil des passagers… Toute sa vie est orchestrée par ce rituel. Il affectionne tout particulièrement les moments de solitude sur le fleuve qui augurent de ressourcement et d’apprentissage personnel.

Pour Stéphane qui a la double chance de passer ses journées, parfois ses aubes et soirées, sur le fleuve comme guide-pilote de Millière Raboton et d’habiter sur sa rive, vivre en Loire, c’est se couler dans les lumières changeantes à l’infini et s’ouvrir à tout moment sur un espace sans limites.

Avec Paul-Angelo, nouvel administrateur de Millière Raboton, on atteint la fibre même. La Loire est son paysage intime, sa première amie… Il s’entremêle tant au fleuve que ses amis l’appellent depuis belle lurette : martin-pêcheur ! Il considère la Loire comme un lieu très archaïque qui le nourrit en permanence. « Aller en ville : ce serait mourir ! »

Et vous, quel est votre vivre en Loire ?

À bientôt sur l’eau !

Quoi d’9 au port d’Amboise ?

Arrêt sur image, ce dimanche 22 juillet : nous comptons 253 traversées pour le marché (tickets distribués). Les passagers, presque tous, prennent un aller & retour. Ne confondons pas traversées & nombre de personnes ! On peut estimer le nombre de passagers — au doigt mouillé dans l’eau de la Loire — à environ 120.

Arrêt sur image, ce dimanche 29 juillet,  nous avons fait traverser en aller & retour 407 personnes payantes & 50 gratuits (10 adultes & 40 enfants en bas âge, moins de 7 ans). Nous avons accueilli des groupes d’amis, des familles avec une ribambelle d’enfants. Dans le même esprit, une institutrice de maternelle d’Amboise a demandé si une sortie avec sa classe pouvait s’envisager.

Grand merci à Aurélien & à Pierre qui ont assuré avec constance une vingtaine d’allers & retours chacun, à Marie qui était de faction sur la rive droite (côté marché) & à Jean-François qui, sur le pont, faisait connaître avec succès  notre activité. Un ami d’Aurélien, Nicolas, est resté dans son bateau assurant la pose de l’ancre, de la passerelle, etc.

Un journaliste de France Bleu a effectué deux traversées en interviewant les pilotes & nos passagers. Nous resterons en contact pour de prochains passages sur cette antenne.

Embarquer pour le marché c’est sur la Rive droite d’Amboise, chaque dimanche matin de 9h à 14h, jusqu’au 16 septembre. Bon marché !

Quoi d’9 sur les rives de Veuves-Rilly-sur-Loire ?

Arrêt sur image, ce dimanche 22 juillet : 53 personnes avec ou sans vélos sont allées de rive en rive.

Arrêt sur image, ce dimanche 29 juillet : la Fête de la tomate farcie de Rilly-sur-Loire attire un grand nombre de visiteurs, elle se déroule du samedi au dimanche. Millière Raboton disposait d’un stand qui a permis de rencontrer les voisins des rives ou de plus loin et de faire connaître notre association et ses activités. Plusieurs personnes croisées samedi en soirée ont participé le lendemain aux balades dominicales courtes (1/2h-5€). Ce sont, en tout, 75 personnes qui ont eu un avant goût de ce plaisir toujours renouvelé de glisser sur les eaux de Loire. Avec ou sans vélos, 70 personnes ont fait la traversée Veuves-Rilly et vice et versa ! Le bac prend sa place au sein du paysage…

  • La traversée Veuves-Rilly-sur-Loire, c’est chaque dimanche 10h-18h, avec ou sans vélo (2€) jusqu’au 2 septembre.

Quoi d’9 au port de Chaumont-sur-Loire ?

Les belles soirées d’été Millière Raboton 

Airs de Loire
9 août (18h) – 30 août (17h) au départ de Chaumont-sur-Loire*
– harpe, flûte et poésie –
Magie du fleuve, partage de la musique et des mots

Des vins et des Voiles
14 août (18h)
au départ de Chaumont-sur-Loire*
– balade gourmande et fine dégustation de vins sur la Loire –

Dérives littéraires
18 août (18h) au départ de Chaumont-sur-Loire*
– une ado inconnue a écrit dans son cahier de classe (année scolaire 1944/45)
le récit de la 2ème Guerre Mondiale telle qu’elle l’a vécue à Veuves dans son irréductible village ! –

* renseignements et réservations
milliere-raboton.net – 06 88 76 57 14 – m.raboton@wanadoo.fr

Retours sur les Dérives littéraires

« Le samedi 21 juillet 2018, ce que Françoise Benassis a présenté & lu, entre Veuves & Rilly-sur Loire, était spécialement émouvant puisque nous étions sur les lieux même de l’histoire, un document rédigé par une demoiselle de Veuves entre 1940 & 1945.

Ma vidéo sera en noir & blanc, il est difficile de colorier l’Histoire…

Philippe Gautier

Dérive littéraire à Veuves par Françoise Benassis

Entretien avec Françoise Benassis sur le port de Chaumont-sur-Loire

« J’ai vraiment été très touchée par votre lecture… Par les chants et la musique de Raphaël Terreau.
Nous avons vécu là, une très jolie dérive, qui nous a emportés sur des rives lumineuses de beauté de douceur…
Grand Merci à vous,  pour le partage de cette écriture… Pour cette transmission  qui témoigne de l’intériorité, riche et grave, de cette jeune fille… Et à qui vous avez redonné vie parmi nous, hier au soir, sur cette plage de bords de Loire… »

«… j’ai pris le temps de lire attentivement ce magnifique cahier !  Vraiment Merci de nous le partager !
Oui, après vous avoir entendu  lire ce texte, et ensuite,  avoir pris le temps de regarder la délicatesse et la précision de ces dessins…
Cette jeune fille apparaît vraiment comme une belle personne… On a vraiment très envie, enfin, à moi  cela donne très envie de connaître cette jeune fille…
Qui est-elle ? Qu’est-elle devenue ? Comment a-t-elle marché sur son chemin de vie ? Où en est-elle aujourd’hui !?
Je sens de la tendresse, beaucoup de force et de douceur dans son trait… J’espère que ce généreux hasard, vous apportera encore quelques belles surprises concernant cette adolescente du pays de votre enfance. »

Marianne Mercier

Ceux d’Loire

Anne-Marie Bardel
Une femme très remarquable

L’année où j’ai su me déplacer à vélo, mes parents m’ont autorisée à aller chercher le lait chez Bardel,  ferme située  à l’une des extrémités du village de Veuves. Aucun danger, la route – chemin de terre à l’époque – était surtout fréquentée par des attelages tirés par des chevaux et, empruntée seulement par 2 voitures : celles de Mr Bardel (ferme de la Moinerie) et Mr Callu (ferme des Épinets). C’est donc laitière à la main que j’ai fait la connaissance d’Anne-Marie Bardel.

Les jeunes filles de Veuves le jour du 8 mai 1945. Anne-Marie est au premier rang sur le bord gauche.

Destination : Veuves

« Je suis arrivée à Veuves le 11 juillet 1939. Née en 1924, j’étais dans ma quinzième année. Mes parents étaient agriculteurs à Fossé (Loir & Cher). Par malheur, j’ai perdu mon père très tôt et j’ai été confiée à l’Assistance publique. Madame Leroux, mère de Michel et Pierre (ancien maire de Veuves), venait de perdre son mari et se retrouvait seule à la tête d’une ferme alors que ses enfants étaient en bas âge : Michel avait tout juste 3 ans et Pierre 1 an. J’ai donc été placée dans cette ferme pour aider et participer aux différents travaux. Madame Leroux me considérait comme sa fille. Je suis restée 7 ans à la ferme de La Dalbaine. »

La Dalbaine

Cette ferme a un grand passé historique, on y battait monnaie au Moyen-Àge : 2 pièces  frappées à Veuves font partie des collections de l’Hôtel de la Monnaie, à Paris. La Dalbaine dispose également de 2 cheminées monumentales dignes de château. Veuves a été habité de longue date, en témoignent encore les parties les plus anciennes de l’église datées du XIème siècle. De nombreuses fermes étaient en activité à l’arrivée d’Anne-Marie : La Moinerie, Les Épinets,  La Bourretière (à la limite de la commune vers Cangey), les fermes des Hauts-de-Veuves et celle des Ormeaux (entre Les-Hauts-de-Veuves et le bourg).

Qui loge à La Dalbaine ?

À partir de 1939, aux côtés de Madame Leroux  et des très jeunes Michel et Pierre, il y a Anne-Marie qui ne s’appelle pas encore Bardel et un ouvrier agricole, Sosthène Halouin, qui travaillait auparavant chez le père de Madame Leroux, également cultivateur. Les familles paysannes constituaient alors – et encore de nos jours – de véritables dynasties. Ainsi Michel et Pierre Leroux ont repris la succession  de leur mère à la tête de l’exploitation. Et, aujourd’hui, c’est Bruno et Gilles Leroux, fils de Michel, qui pérennisent les activités d’élevage.

Élevage et activité agricole

« La Dalbaine possédait  un troupeau de vaches (une vingtaine de laitières et génisses), des cochons, des poules et des lapins… je m’occupais avec Madame Leroux de tout ce cheptel varié. Il fallait les nourrir toutes ces bêtes : on cultivait des céréales (avoine et orge), et des betteraves. Il faut se souvenir qu’on travaillait uniquement avec les chevaux et qu’on trayait les vaches à la main. J’oubliais, il y avait aussi une petite vigne dont le vin était destiné à la consommation familiale. Quand Sosthène taillait cette vigne, je ramassais les sarments pour allumer le feu (à l’époque, il n’y avait  pas de chauffage dans les maisons, seule la cuisinière fonctionnait). L’hiver, pour améliorer le confort, on  bassinait  les lits avec des briques mises à chauffer dans le four de la cuisinière. »

Le petit matin à La Dalbaine

Fenaison à la main

« Sosthène m’appelait vers 4h30/5h du matin. Avant toute chose, il fallait se rendre directement à l’étable pour enlever le fumier des vaches. Sosthène le roulait et l’entassait à l’extérieur avant de l’épandre dans les terres. Nous répartissions alors de la paille propre pour renouveler les litières avant de commencer la première traite à la main. Ensuite, nous nourrissions les vaches avec des betteraves, de la balle (enveloppes des grains), et du fourrage (trèfle ou luzerne  séchés). Certaines vaches (grosses ou fragiles) avaient droit à un supplément de betteraves cuites mêlées à de la farine de blé ou d’avoine. On passait plus de temps avec les vaches l’hiver : elles étaient attachées dans l’étable et sortaient juste pour boire dans la cour ou dans les fosses. Comme elles couchaient dans l’étable, il fallait les étriller et leur donner un bon coup de brosse pour les rendre présentables !»

Le matin à La Dalbaine

Une fois ces tâches accomplies, on s’autorisait à prendre le petit déjeuner. Il était environ 7h30/8h. À peine vaisselle faite, il fallait nourrir les cochons à leur tour. «  Puis je retirais le fumier des chevaux. Vers midi, c’était la 2ème traite des vaches qui venaient de vêler. C’est ce lait qui servait à faire le beurre car le lait de la traite du midi était considéré comme étant le meilleur. On trayait seulement une dizaine de vaches à chaque  traite. Cela nous prenait environ ¾ d’heure à deux. Le camion de la laiterie d’Onzain passait relever les bidons de lait. Il y avait une 3ème traite vers 18h. »

L’après-midi dans les champs

Du soir au matin, toutes les activités tournent autour du cheptel. L’après-midi, on « dépresse » les betteraves, on coupe l’herbe ou le trèfle ou la luzerne avant de les mettre à sécher dans les greniers. La fenaison s’effectue en juin/juillet Puis, avec les chevaux, on ramasse le  foin.

Le temps de la moisson

La famille Bardel –Robert, Anne-Marie et leur fille Nicole- sur la moissonneuse

La moisson intervient vers le 14 juillet. « À La Dalbaine, on fauchait, bottelait les gerbes avant de les mettre en meules dans le champ. Ensuite, il y avait 2 saisons de battage : une l’été et l’autre l’hiver. Chaque battage prenait environ  2 jours et nécessitait une équipe d’une quinzaine de personnes. C’était Mr Deschamps – nom prédestiné – qui venait de Monteaux avec la batteuse qu’il louait. Il pouvait également louer une moissonneuse-lieuse  pour ceux qui en avaient besoin en amont du battage. Des personnes suivaient les engins pour louer leurs services. En somme, c’était une sorte de folklore qui donnait beaucoup de travail à la ferme pour servir des repas à de grandes tablées. Enfin, après le passage de la batteuse,  on rangeait les bottes de paille soit en grandes meules (bauges)  ou sous les hangars.

Lundi, jour de lessive

Chaque lundi, la lessive bouillait dans un grand chaudron avant la séance de brossage sur une planche à laver. Il n’y avait pas l’eau courante (installée à Veuves dans les années cinquante), hiver comme été, on soutirait l’eau à la pompe installée sur un puits, dans la cour.

Et pour les vacances ?

« De fait, on travaillait tout le temps même les dimanches. Chaque année, je partais en vacances 2 fois – une semaine à chaque fois – chez ma grand-mère (la mère de mon père) à Fossé où je suis née. J’avais la joie d’y retrouver mes frères et sœurs. »

2ème Guerre mondiale

« Pendant la guerre, à cause des bombardements sur la voie ferrée et les trains, nous allions dormir à Monteaux, certains dans les caves. Nous – Madame Leroux, Michel et Pierre, Sosthène et moi – passions nos nuits chez le boulanger de Monteaux, dans la famille Noulin. C’était l’Occupation. Période difficile qui, pour moi, n’a eu qu’un seul intérêt : la découverte des bottes en caoutchouc. À La Dalbaine, nous logions 2 Allemands qui en portaient : ce sont les premières que j’ai vues. De nombreuses maisons à Veuves accueillaient des Allemands car il y avait obligation d’obtempérer à cet accueil sous la responsabilité du maire, Robert Jouan.

Sang froid

« Quand les Allemands ont bombardé Veuves (d’une pièce d’artillerie installée sur le coteau de Rilly-sur-Loire) et ce, en réponse aux tirs FFI venus de Veuves, tous les édifices qui dépassaient du parapet ont souffert : le clocher, l’orphelinat…

Je gardais nos vaches dans les prés vers Monteaux. Les obus tombaient autour de nous, heureusement sans me toucher ni blesser les vaches. Je devais retraverser la voie ferrée avec le troupeau pour rentrer à la ferme. Ce que j’ai fait.  Après avoir attaché les vaches dans l’étable, j’ai été rejoindre Sosthène et la famille Leroux dans une petite tranchée creusée dans le jardin. J’ai été félicitée pour ne pas avoir paniqué devant le danger. C’est vrai que je ne me panique pas facilement… »

1946, année charnière

Cette année là, Madame Leroux se remarie avec Mr Jouanneau et Anne-Marie épouse  le fils Bardel, le 6 juillet 1946. Comme il vit et travaille chez ses parents, à la ferme de La Moinerie, à Veuves, et qu’une bonne épouse doit suivre son mari, Anne-Marie change de ferme.

La ferme de La Moinerie

C’est le domicile d’Anne-Marie jusqu’à la retraite de son mari. Elle appréciera, tout au long de ces années, la modernisation des travaux à la ferme : les chevaux remplacés par les tracteurs, les trayeuses électriques, l’ensilage de maïs… « Les betteraves, c’était vraiment trop dur… ».  En prévision de la retraite, comme Anne-Marie et Robert ne sont pas propriétaires de la ferme, ils font construire une maison sur un terrain situé juste à côté. Anne-Marie y demeure toujours.

Les « bonbonnards »

Après guerre, dès que les trains ont repris une circulation normale, chaque samedi, débarquaient en gare de Veuves-Monteaux, les « bonbonnards ». Ils prenaient le train à Paris-Austerlitz munis de bonbonnes qu’ils allaient faire remplir auprès des vignerons de Monteaux ou Mesland (il n’y avait pas de viticulteurs à Veuves – la terre ne s’y prête pas – on y cultivait la vigne pour la seule consommation familiale). La gare située sur la ligne Paris-Bordeaux, était pratique pour un aller/retour Paris-Austerlitz/Veuves-Monteaux en trajet direct.

Un dernier souvenir pour la route

« Avant l’installation de l’eau courante, l’été après avoir trait les vaches, il nous est arrivé bien souvent avec Robert, d’aller nous baigner dans la Loire. Je pense qu’à l’époque, aucune  maison à Veuves ne disposait de salle-de-bains. Aussi, quel bonheur de pouvoir piquer une tête juste en face de la ferme ! »

Grand merci à vous, Anne-Marie, pour cette traversée du temps sous votre regard bleu si pertinent.

Conception-Rédaction Françoise Benassis
Direction artistique Adèle Gagnier