Blog-sur-Loire

Février 2019

• Parole de Millière ! – Édito
• Pierre Havard – En hommage
• Quoi d’9 au port de Chaumont-sur-Loire ? – Toue magique
• Quoi d’9 à l’Asso ? – Au moulin d’Angillon
• Quoi d’9 en Loire ? – 26 janvier 2019 , matin
• Ceux d’Loire Françoise de Person – Historienne de la batellerie de Loire

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Parole de Millière !

Agnès Legout-Catelain
Présidente de Millière Raboton

 

©Fatima Alves

Le printemps a pris de l’avance au port de Chaumont-sur-Loire, comme vous pouvez le remarquer sur la photo ! Je vous laisse découvrir cette jolie histoire…

Agréable coïncidence : après le compte-rendu de la journée « Millière Raboton » du 26 janvier passée chez Françoise de Person au moulin d’Andillon, vous pourrez lire son portrait dans la rubrique Ceux d’Loire.

Adhérente de longue date de notre association, Françoise est notre référente en termes d’histoire de la batellerie de Loire. Ses conférences passionnantes nous sont précieuses pour nourrir notre culture ligérienne.

Notre vie associative a repris son cours en s’affirmant toujours plus ouverte sur l’univers ligérien, en témoigne cet épisode printanier (toue fleurie) sur le port de Chaumont qui a réuni une apprentie fleuriste, son employeur, des membres de l’équipe Kairos – maître d’œuvre de l’habillage en bois de notre toue Gueule de Bois – Stéphane – notre guide-pilote – et les curieux qui passaient par là…

Détail poétique et geste amical… Marianne Mercier, notre vigie qui habite face au port, a retrouvé son portail fleuri le lendemain matin. Quelques bouquets de la toue avaient migré… Quand je vous disais que le printemps a pris de l’avance à Chaumont sur Loire !

Ainsi coule la vie portuaire en pays ligérien, chaleureuse, aimable, ludique… bonheurs du jour à partager… à préserver aussi : rendez-vous samedi 2 mars, à 8h30, sous le pont de Chaumont, parking du bord de Loire, pour participer à l’opération J’aime la Loire…PROPRE !

À bientôt sur l’eau !

Pierre Havard

 

Pierre est parti pour d’autres rives. Fidèle parmi les fidèles de Millière Raboton,

il a, de très longue date, partagé les petits et grands moments de notre association : du bénévolat (très actif sur la restauration des bateaux) au CA dont il fut membre de nombreuses années. Natif de Blois (mars 1939), son premier engagement associatif se focalise sur le scoutisme et les Scouts de France. Puis il entreprend des études de graphisme dont il fera ultérieurement son métier. Après un service militaire qui se déroule en Allemagne, il s’installe à Paris pour une quinzaine d’années. C’est dans la capitale qu’il rencontre Marie-Jeanne qui travaille à la maison Larousse. Retour à Blois, en 1971, pour la naissance de leur fils Manuel, le couple Havard jette définitivement l’ancre dans la ville et y construit sa maison.

Une ligne de vie « associative »

Pierre s’engage auprès des associations qui portent ses activités favorites et ses valeurs. Entre autres, il devient président du Cercle de l’Escrime de Blois, s’investit auprès de l’Association Louis XII (création, conservation et location de costumes d’époque) et de l’Association Sologne Nature  Environnement où il croise des fervents de  Millière Raboton qui le conduisent sur le port de Chaumont à la rencontre de Jean Ley. Il s’active également en archivage et restauration au musée d’Art religieux de Blois.

Humour et charme

Ce qui définit en premier lieu Pierre, est son engagement sans faille dans le milieu associatif, sa fidélité et sa présence discrète et toujours opportune. Une certaine classe d’humour « décalé » lui conférait un charme un brin ironique, souvent sur lui-même… Un détail qui parle tout seul : habitant d’un quartier résidentiel de Blois, le portail de sa maison est toujours ouvert…

©Famille Havard

Quoi d’9 au port de Chaumont-sur-Loire ?

Lundi 28 janvier, que se passe-t-il sur la rive chaumontaise ? Quelques personnes entourent une jeune fille qui pare de fleurs une des toues Millière Raboton comme si notre barque se métamorphosait en mariée de Loire…Adeline Schaetzlé (21 ans) apprentie fleuriste à la boutique Roses et Sens (46 rue Porte-Chartraine à Blois) a décidé de réaliser le projet d’étude qu’elle doit remettre dans le cadre de son Brevet professionnel Fleuriste et Art floral. Elle pourrait se contenter de présenter le dit projet sur dossier mais la jeune fille se lance avec enthousiasme dans une installation plus en harmonie avec son goût de la composition florale. Madame Fatima Alves qui dirige Roses et Sens, est présente pour assister à l’embellissement extraordinaire d’un bateau à passagers. Présente aussi l’équipe de Kairos qui, connaissant le projet d’Adeline, a joué les bonnes fées pour que le rêve devienne réalité. Madame Fatima Alves souligne « de superbes échanges humains » et se réjouit du déroulement festif de l’opération qui s’est achevée sur une belle sortie en Loire de nuit, sortie romantique éclairée aux bougies et balancée par les ballons qui flottaient au vent…

© Fatima Alves

Quoi d’9 à l’Asso ?

Moulin d’Angillon, journée du 26 janvier 2019, 23 personnes estampillées Millière Raboton se sont réunies autour des 4 nouveaux pilotes bénévoles titulaires du permis à passagers. Brève présentation : David Soudée a vu le jour à Chaumont-sur-Loire dans une famille d’agriculteurs ; Jérémie Serin se dit très investi dans le milieu associatif ; Etienne Debray n’est pas natif du coin ce qui ne l’a pas empêché de tomber amoureux de la Loire ; Zahra Schneider, détentrice du permis depuis avril 2018 a participé à des sorties avec Claude, Thomas, Stéphane qui lui ont transmis la passion de la Loire et l’art de  concrétiser l’expérience issue de la navigation. Bienvenue au quatuor !

©Zahra Schneider

Quoi d’9 en Loire ?

Le 26 janvier dernier, Françoise de Person proposait un échange sur la question que pose souvent les passagers : pourquoi la Loire n’est plus navigable commercialement ? L’histoire de la batellerie du XVIIe à nos jours nous apporte des éléments de réponse. Naturellement, nous nous situons au cœur de cette histoire et, c’est. un plaisir de rafraîchir nos connaissances ou tout simplement d’en acquérir de nouvelles pour les transmettre.

Pourquoi n’y a-t’il plus de commerce sur la Loire ?

Sur la Loire, la navigation est compliquée à cause du régime des eaux. On a coutume de dire que la Loire n’était pas navigable mais naviguée. Elle présentait  un réel intérêt économique en l’absence d’alternative à la voie d’eau, c’est ce qui a prévalu aux  XVIIe  et  XVIIIe siècles. Le XVIIIe siècle correspond à l’apogée du commerce ligérien avant le déclin inéluctable du XIXe siècle (viabilisation et réseaux du chemin de fer).

Qu’est-ce qui circulait par la Loire ?

Au Moyen-Àge, le commerce est embryonnaire. On a une idée des produits qui s’échangeaient car il existait tout le long du fleuve de nombreux péages dont les tarifs listaient les marchandises assujetties à payer les droits. C’est à partir de ces tarifs qu’on constate la diversité des frets : tonneaux, chanvre, drapeaux (chiffons), vin, bois, pierres, blé … sel (le 1er fret sur la Loire). À cette époque, il n’y a pas d’alternative à la voie d’eau, reportons-nous à la fresque du Coche et la Mouche de La Fontaine :

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un Coche.
Femmes, Moine, Vieillards, tout était descendu.
L’attelage suait, soufflait, était rendu.

Les réseaux

La voie d’eau s’avère très économique puisque le chemin est tracé, l’énergie fournie, le courant pour descendre et le vent pour remonter. La Loire bénéficie des vents d’Ouest et d’un tracé rectiligne, sans les inconvénients des méandres de la Seine. Le bassin de la Loire et de ses affluents constitue 1/5 du territoire national. Le bassin de la Loire s’ouvre sur Paris à partir d’Orléans, point le plus proche. Ainsi dès l’origine, les produits d’amont et d’aval débarquent dans cette ville pour être transportés par charrois. Mais avec l’ouverture du canal de Briare, initié par Sully, en 1642, et celle du canal d’Orléans en 1692, le commerce s’effectue en continu jusqu’à Paris. À remarquer qu’un canal « à point de partage » franchit une dénivellation, ceci grâce à des écluses comme les 7 écluses accolées de Rogny, véritable escalier. Le problème est qu’il doit être alimenté en eau, ce qui nécessite tout un système d’alimentation très complexe. Désormais le bassin s’ouvre sur tous les 4 points cardinaux. Un commerce de référence est celui des vins communs pour le peuple de Paris, demandeur d’un vin bien rouge. Cela explique le succès du gros noir que les marchands mélangent au vin blanc ou clairet. Le gros noir permet aussi de mieux conserver et donc de mieux transporter les vins. Vu le profit escompté, les paysans se sont mis alors à planter de la vigne sur des terroirs où aucun cep n’avait jamais poussé : gros noir de Villebarou, vignes de gros noir à Chaumont-sur-Loire (selon le témoignage de David Soudée).

3 produits incontournables : le sel, la pierre, l’ardoise

Le 1er fret sur la Loire est le sel. Ce produit indispensable à la vie n’était pas en vente libre, chacun devait se le procurer au grenier à sel, à un prix tarifé, augmenté de l’impôt de la gabelle. C’est pourquoi on achetait aussi du sel de contrebande aux bateliers qui venaient de Nantes, pays franc de gabelle. Cela donnait lieu à toutes sortes de trafics. Les bateaux de sel remontaient jusqu’en Bourgogne. En amont d’Orléans, la navigation se compliquait : les vents étaient moins favorables et il fallait souvent faire appel à des haleurs pour tirer les trains. Pour construire les châteaux de la Loire, les pierres sont venues principalement de carrières situées sur les rives de Loire ou du Cher. Certaines provenaient d’Apremont-sur-Allier, les ardoises, des carrières de Trélazé en Anjou, un long périple à a remontée ! À Blois, les matériaux lourds pour la construction du château ou l’église des Jésuites (Saint Vincent actuellement) ont été déchargés sur le port du Foix (et non celui de La Creusille).

L’art de naviguer en Loire

On a conçu les bateaux en fonction de la navigation obligée sur la Loire. On dirige le bateau grâce  à un gouvernail spécifique – la piautre – et on attend le vent plutôt que d’utiliser les services onéreux des haleurs. Sur la Loire, on pratique peu de halage avec les animaux pour éviter les complications de transport d’une rive à l’autre.

Les bateaux à la remontée naviguent en train (ce qui a déteint sur le chemin de fer). Pour passer les ponts, si les conditions sont très favorables, on abat le mât et les voiles du bateau de tête, puis on les remonte, c’est alors le bateau de queue et sa voile qui poussent. C’est ce qu’on appelle le passage à la volée. Les bateaux en service offraient de très grandes capacités. Aucun chaland de l’époque n’a été conservé, on en connaît la construction par les documents comme une planche de l’Encyclopédie de Diderot, les gravures, et les épaves que les archéologues étudient.

L’art d’aménager la Loire

Certes la voie est ouverte et directe, cependant il faut sans cesse retracer le chenal, le baliser, nettoyer la rivière, enlever les arbres, les épaves, les moulins qui se mettent là où il y a le plus de courant, lieu de passage habituel des bateaux. Cela a lieu tous les ans. À remarquer que ce chenal serpente et ne suit pas les rives. On écarte les bancs de sable – le chevalage – et l’on fait confiance au courant pour le recreuser.

(à suivre dans le Blog de mars 2019 : L’Àge d’0r de la batellerie de Loire : le XVIIIe siècle, le déclin du XIXe siècle et le renouveau de la fréquentation de la Loire au mitan du XXème siècle)

Ceux d’Loire

© F de Person

Françoise de Person
Historienne de la batellerie de Loire

À première vue, Françoise de Person apparaît calme et tranquille. Sa voix douce et posée se maintient sur un registre tempéré. À première vue. L’intensité de sa présence et la teneur de ses propos orientent bientôt vers une autre approche où passion et volonté s’affirment sans décarrer jusqu’au but qu’elle s’est fixé.

De l’équipage Millière Raboton

Françoise de Person a ses habitudes sur les toues de Millière Raboton. Elle y vient en amie de toujours et en personne ressource pour l’association en termes d’expertise sur la batellerie de Loire et le quotidien des hommes qui en vivaient : mariniers, négociants, meuniers, contrebandiers, … Ses conférences, chez elle, au moulin d’Andillon sont des moments d’échanges profitables à la réactualisation ou à l’apprentissage de connaissances. Avec Françoise de Person, nous nous retrempons en Loire… En témoigne l’événement du 26 janvier où les 6 nouveaux pilotes qui ont obtenu leur permis bateau à passagers (financé par l’association à titre d’investissement sur le futur), et franchi le premier pas vers leur intégration au sein de l’équipage Millière Raboton en participant à cette journée à la fois sérieuse et festive.

L’histoire « sur le motif »

À plusieurs reprises, nous sommes partis avec Françoise de Person en balade sur la Loire avec escale sur une île pour écouter une causerie très vivante et documentée sur des thèmes ligériens. En immersion dans une ambiance au plus près de la nature, au beau milieu du fleuve, suivre une intervention passionnante laisse d’agréables traces dans la mémoire vive de nos guides-pilotes, des passagers, des bénévoles… À quand la prochaine balade ?

© F de Person

L’aventure éditoriale

« Après la soutenance de ma thèse, je débarque chez un éditeur, mon manuscrit sous le bras. Qu’en pense-t-il pour une publication ? Le sujet de la batellerie le passionne mais il trouve  ce manuscrit beaucoup trop érudit et réservé à un cercle restreint d’initiés. Il s’intéresse au grand public, ce qui signifie que si je veux être publiée chez lui,  je dois tout réécrire en direction de ce grand public susceptible de devenir friand d’un texte certes documenté mais qui se lit comme un roman…  Impératif supplémentaire : élargir le sujet hors des frontières blésoises, après tout, la Loire parcourt un peu plus de 1000 kilomètres, non ? »

Le tournant

« J’ai accepté le contrat. J’ai largué les amarres hors de Blois. J’ai ajouté un chapitre sur les naufrages. Et je me suis mise dans la peau d’un batelier des 17e et 18e siècles. Comment vit-on à bord ? Que mange-t-on ? Comment passe-t-on les ponts ? Que transporte-t-on ?… Bateliers sur la Loire, La vie à bord des chalands, XVIIe et XVIIIe siècles paraît en 1994 et c’est un succès de librairie. Je venais d’opérer un grand tournant. Passionnée de recherche historique, je ne me confine pas à l’intérieur du cercle universitaire, j’ai pris le large pour sensibiliser et passer des connaissances au plus grand nombre sans édulcorer la richesse du contenu, seuls le ton et le style changent… Je n’ai plus jamais dérogé à cette règle. La teneur de mes ouvrages est toujours celle d’une recherche approfondie, écrite dans un style clair, tonique, précis, élégant sans chichis.»

Création des éditions La Salicaire

« Puis je me suis lancée dans la préparation d’un livre, Blois, port fluvial, projet qui n’a pas abouti. Changeant de cap, j’ai proposé aux éditions Ouest-France Bateliers, Contrebandiers du sel, La Loire au temps de la gabelle, qui s’en sont emparé. Le livre a très bien marché. De même en 2006, l’album La Marine de Loire au XVIIIe siècle, pour les éditions La Loire et ses Terroirs et la Mission Loire.

En 2008, je crée les éditions La Salicaire pour publier Un Orléanais à la conduite de son négoce sur la Loire, par mer et par terre, Louis Colas Desfrancs, écuyer. En effet, quel est l’élément moteur de la batellerie ?  Le commerce bien sûr ! Sans commerce, il n’y aurait pas de batellerie ! Malheureusement, à Orléans, le bâtiment des archives a brûlé durant la guerre de 1940, trouver des sources intéressantes n’était donc pas jeu facile… Je suis alors tombée sur un fonds privé, celui de la famille Colas des Francs qui contenait un document extraordinaire : le registre des correspondances d’un négociant orléanais, Louis Colas Desfrancs qui vivait à la fin du XVIIIe siècle. Celui-ci a recopié minutieusement dans ce registre toutes les lettres qu’il a envoyées à ses fournisseurs et à ses clients. Les sujets exposés dans ces lettres sont multiples : donner des ordres, interroger sur le prix des denrées, répondre aux doléances des clients, cerner le marché de l’eau de vie, de l’huile… Il dévoile comment il structure ses prix (vaut-il mieux passer par la mer ou par le Rhône ?), il engueule son correspondant blésois qui lui fournit de l’eau-de-vie… Avant-gardiste, Louis Colas est en 1793 l’un des premiers divorcés de France, malgré lui ! Depuis longtemps sa femme avait obtenu la séparation de corps et l’avait quitté pour se faire héberger dans des couvents. Elle a des amants et on la retrouve à Blois, rue des Carmélites…(la réalité dépasse la fiction !) Son fils se rebelle contre lui et veut partir faire fortune aux Antilles. Louis Colas refuse de donner l’argent nécessaire au passage. Il veut garder son fils auprès de lui car ce dernier est chargé des écritures  : la correspondance était essentielle, les négociants ne se déplaçaient que rarement, sauf pour recouvrir leurs créances. Toute la vie de Louis Colas s’étale dans ce précieux registre. Le livre a été publié en 2008 ».

© F de Person

En amont de l’histoire de la batellerie  de Loire

« Je suis née à Poitiers. Mon enfance s’est déroulée à Montluçon et ma jeunesse à Orléans. Mon père travaillait à la SNCF ce qui explique notre itinérance familiale. La nomade que je suis, après une escale à Paris, s’est amarrée quelque temps à Orléans. Enfin, je me suis sédentarisée, il y a 40 ans, dans le Blésois. Je suis une fille des villes et je me suis retrouvée un peu exilée à la campagne… Temps que j’ai mis à profit pour écrire, fréquenter la Loire et naviguer sur les toues Millière Raboton… »

Le goût du bateau et…des études

« J’ai le goût du bateau. Jean, mon mari, était natif de Blois et il possédait un 4-20 qui naviguait sur la Loire. Nous étions aussi passionnés de croisière en mer. Quand nous nous sommes installés au moulin d’Andillon, nous n’avions de cesse d’aller sur les bords de Loire du côté de Veuves et sur la Loire… »

Du mémoire à la thèse

«  J’ai une formation d’historienne. J’ai fait mes études à Orléans et à la Sorbonne à Paris. J’ai rédigé mon mémoire de maîtrise sous la houlette de Emmanuel Le Roy-Ladurie. Arrivée au moulin et m’occupant de mes deux enfants, j’ai décidé d’acquérir une qualification supérieure et de préparer une thèse de doctorat de 3e Cycle d’Histoire à la faculté de Tours. J’ai choisi comme sujet de thèse : Les voituriers par eau et le commerce sur la Loire à Blois au 17e siècle. J’ai bouclé ma thèse en 1984.»

L’aventure de la création

« Le choix du thème de ma thèse m’a été inspiré par une très intéressante conférence de l’historien André Prudhomme. Celui-ci concluait qu’il n’y avait pas de tradition batelière à Blois. Or après avoir dépouillé les registres paroissiaux, j’ai répertorié durant le 17e siècle 530 mariniers à Blois, auxquels il faut rajouter leurs familles. Le panel était très important. Je me suis plongée dans les actes notariés et autres documents. Pour en extraire la substantifique moelle, j’ai du consacrer 5 ans de ma vie à ce travail. »

Catalogue de La Salicaire

« En 2010, j’ai réédité à La Salicaire, Bateliers Contrebandiers du Sel enrichi d’une nouvelle iconographie, puis je me suis lancée dans la rédaction d’un nouvel ouvrage sur un thème inédit – les graffiti de bateaux de Chambord – en collaboration avec le photographe Pierre Aucante.  C’est Thibaud Fourrier, un ami historien et guide-conférencier au château de Chambord, qui a découvert ces graffiti et, avec l’équipe du château, les a répertoriés. Les graffiti de bateaux de Chambord. Une invitation à la navigation sont sortis en 2011. Il y a deux ans, j’ai procédé à la réédition de Bateliers sur la Loire, devenu un classique, augmentée d’un chapitre sur le sucre et d’un apport important en iconographie. Actuellement, je prépare un livre sur le transport du vin sur la Loire. »

© F de Person

Prospective éditoriale

« J’aurais dû devenir éditrice plus tôt. J’ai attrapé la passion de l’édition, tout en gardant celle de la recherche. J’aimerais ouvrir les éditions La Salicaire en publiant des ouvrages d’historiens qui écrivent bien et simplement. Difficile de mettre la main sur des manuscrits de ce style.

Je vais en ce sens publier un Livre d’Heures d’un batelier et charpentier en bateau, daté de1710, qui raconte les événements de sa vie (radoubage des bateaux du château de Maintenon, disette de 1693, écroulement du pont de Moulins…) sur lequel travaille un collègue historien. Le texte du manuscrit sera commenté et les événements de sa vie seront explicités et illustrés par de l’iconographie. Nous sommes en train de concevoir une présentation qui puisse toucher le grand public et communiquer ainsi l’univers mental d’un batelier du début du XVIIIe siècle ».

La Loire enfin…

« J’ai fait partie de ce mouvement de renouveau de la batellerie dans les années 1984-1996. C’était une période d’échanges tant du point de vue culturel que technique. Y participaient aussi bien des historiens, des charpentiers en bateau, des directeurs de musée, que des amoureux de la Loire. J’ai  ainsi créé des liens d’amitié avec François Beaudouin, conservateur du musée de la batellerie de Conflans Sainte-Honorine, Philippe Cayla, François Ayrault, Alain Lacroix, Jacques Robin dit Vent de travers, à l’origine des bateaux la Montjeannaise, le Val de Vienne, le Baraquai, la Pascal Carole, et de l’organisation de nombreuses grandes fêtes. J’aime naviguer sur la Loire. Il n’y a pas de balisage, chacun chemine comme il veut ou peut. La Loire, c’est un paysage, grand, ouvert, c’est une ample respiration. Les rives, les îles, les empreintes, les boires, les bras desséchés… dessinent un monde à apprivoiser dans le silence au rythme du temps de Loire. J’ai une passion pour ce fleuve qui fait partie de ma vie. »

Et Millière Raboton ?

« J’ai d’abord fait la connaissance de Jean Ley à l’Observatoire de Loire de Blois alors que je préparais une exposition. Mais notre véritable rencontre a eu lieu au marché à Blois et à la Mission de Loire, dans des réunions où il avait une forte présence orale. L’amour de la Loire et des bateaux, qu’il vivait au quotidien, a fait que le rapprochement a été spontané.

Un jour, je lui ai proposé une intervention sur la batellerie délocalisée dans une île, projet soutenu par Agnès . J’ai fait mon topo. Il y avait de l’accordéon. Ma présentation a beaucoup plu à Jean. Nous avons lié amitié.

Je viens voir souvent les bateaux. J’apprécie l’équipage de Milllière Raboton qui fait régner une ambiance amicale. Il réunit une grande variété de personnes, des gens là depuis longtemps, d’autres nouveaux qui apportent de multiples compétences. J’apprécie également l’adoubement des jeunes pilotes – une fille fait partie de la promotion 2018. J’aimerais, bien sûr qu’il y ait plus de femmes !

C’est un monde encore par trop réservé aux hommes. Je vais vous conter une anecdote que j’ai vécue : j’ai fait la descente de Candes-St-Martin avec les mariniers qui portaient chapeau, alors que les femmes devaient porter un bonnet. J’ai exigé un chapeau, je l’ai obtenu ! »

À bientôt sur l’eau ou dans une île avec un beau sujet en bouche : la Loire !

Tous les livres de Françoise de Person peuvent être commandés sur le site des éditions La Salicaire.

Conception-Rédaction Françoise Benassis
Direction artistique Adèle Gagnier