Blog-sur-Loire

Mai 2020

• Parole de Millière !
Édito : Agnès Legout-Catelain, Présidente de Millière Raboton

• Au port de Chaumont-sur-Loire ?
Petite chronique des jours confinés

 Les animaux prennent le pouvoir
Couleuvres en vedettes

 La loi de la jungle
Des cygnes et des silures

L’inexorable avancée du sable
Dago à la bourde…

• Ceux d’Loire
Michel Gressier – Peintre de haut vol !

 

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Parole de Millière !

Agnès Legout-Catelain
Présidente de Millière Raboton

Bateau de La Rabouilleuse, école de Loire,
voile peinte par Michel Gressier
©Michel Gressier

En mai, si joli mois de mai, fais ce qu’il te plaît ! Avec millière raboton, la Loire est à vous comme il vous plaira ! Que de sorties : découvertes, à l’aube, au couchant, pique-nique, concert, dégustation de mets et de vins… une palette qui met l’eau à la bouche… et ce n’est que partie remise, pour quelque temps.

Les retrouvailles avec Dame Loire n’en seront que plus belles. Le confinement a cette vertu, s’il faut lui en trouver une, différente de l’impératif de sécurité, de permettre de mesurer l’importance de ce qui fait les mille et un bonheurs de la vie, dont une balade sur le fleuve, pour se couler dans un univers magnifique, loin d’un quotidien bouleversé.

Nos guides-pilotes sont tellement impatients de retrouver leur Loire, les bateaux, le grand air, et les échanges avec les passagers dont l’âge s’étale de 6 semaines à 96 ans, si, si, nous avons les preuves !

Alors quand repartirons-nous ? Car nous repartirons… en nous calant sur les conditions de distanciation et la mise en place de la sécurité sanitaire. Nous attendons les préconisations officielles. Une chose est sûre : nous serons là pour vous emmener, hors du temps, si près de chez vous, et pourtant…

Je vous invite à rêver en retrouvant les promesses de nos offres de balades sur notre site, en vous précisant que vous pouvez acheter vos billets dès maintenant, ils n’ont pas de limite de validité. Nul nécessité d’imprimer votre billet il peut être scanné sur votre téléphone lors de la balade, dont la date et l’heure seront convenues au préalable.

Dès que nous y serons autorisés, nous vous accueillerons à bord avec grand plaisir, pour une balade qui, en Loire, a toujours le charme de l’aventure…

 

À bientôt sur l’eau !

Au port de Chaumont-sur-Loire

Petite chronique des jours confinés

Tout d’abord, Stéphane nous donne des nouvelles des œufs de cane délicatement déposés dans les herbes de la rive, et dont le superbe nid a été posté sur Facebook pour dire Joyeuses Pâques. Ils ont été détruits. Animaux sauvages ou domestiques ? Broyeur du tracteur municipal venu entretenir les herbes de la rive ? Nul ne saura jamais. Peut-être, qu’à l’avenir, on pourrait mettre un petit repère… et apprendre aux animaux sauvages à le décrypter !

Gérald et Stéphane ont déplacé le stock de bois entassé au port, pour le loger sous la grande remorque destinée à recevoir la toue cabanée, afin d’aménager un accueil fonctionnel, sécurisé et mobile (ensablement) sur la rive.

Les animaux prennent le pouvoir

Couleuvres en vedettes

La flotte millière raboton est actuellement monopolisée par les oiseaux. Un grand nettoyage de printemps, suivi de passages de lazure, seront nécessaires pour rendre l’éclat à nos toues. Ce qui signifie, que du travail fait en amont pour démarrer la saison, comme d’habitude, il ne reste rien, tout est à refaire ! Nous nous y mettrons d’ici fin mai. À part ça, la rive grouille de vie, mulots, serpents, silures en visite… Stéphane a repéré, 2 couleuvres, l’une à collier, l’autre dénommée couleuvre d’Esculape, grand serpent pouvant atteindre 150/160cm. Cette couleuvre à la taille impressionnante, fait référence au Dieu de la Médecine : Asclépios, chez les Grecs, Esculape, à Rome. On la représentait enroulée autour de son bâton, à croire qu’elle avait des vertus thérapeutiques. On la voit, aujourd’hui, sous sa forme symbolique, représentée sur le caducée des médecins, et autour de la coupe d’Hygie, déesse grecque de la santé, sur le caducée des pharmaciens.

La loi de la jungle

Des cygnes et des silures

©Marianne Mercier

Qui surveille à la jumelle des cygnes qui évoluent au mitan du fleuve ? Gégé le Terrible ! Il conte qu’il a vu l’un de ces cygnes, peut-être jouvenceau, se débattre de curieuse manière alors qu’il allait et venait benoîtement à la surface des eaux…
Vous pensez bien que, Gégé le Terrible, n’a pas lâché l’affaire… Il se trouve que le pauvre cygne, pour une fois disgracieux dans ses mouvements, venait de se faire prendre la patte, par… un silure ! Sale bête !

L’inexorable avancée du sable

Dago à la bourde…

Il a fallu déplacer les bateaux vers l’aval. Le sable avance… inexorablement… Quand Stéphane a voulu lever l’ancre, environ 70 cm de sable la plombaient au fond. Il a dû entrer dans l’eau pour creuser afin de la dégager. Mais quand on s’appelle Dago, qu’on est un magnifique chien de batelier, tout ce qui peut ressembler de près ou de loin, à une bourde, on l’apporte à son maître ! Marianne Mercier, notre vigie du port, n’a rien perdu de la scène. C’est du direct ! À noter que Dago, est un fin gourmet. Il a goûté au poisson de Loire (pêché par ses soins, Gégé le Terrible ne partage pas avec lui !). Comment Stéphane s’en est-il aperçu ?
Dago a vomi, les arêtes, la queue et les nageoires. Comme je vous disais, un véritable gourmet !

©Marianne Mercier

Ceux d’Loire 

Michel Gressier
Peintre de haut vol

©Michel Gressier

Très tôt, Michel Gressier, a eu au cœur et en tête, un projet fou : faire voler sa peinture. Il a monopolisé ses jeunes années pour y parvenir. Le dispositif de départ tient un peu du conte avec rencontre du bon génie, puis viennent les années de formation artistique, la grande aventure – toujours vivace – des cerfs-volants, la réussite de l’aquarelliste et l’engouement pour la voilerie. J’ai eu la chance de le rencontrer sur ses terres, mieux vaudrait dire, dans ses ateliers. Il fréquente, selon son programme du jour, 3 espaces dédiés pour créer et réaliser, ses œuvres : l’atelier Poisson, l’atelier à « la maison » et l’atelier-boutique Le ciel pour cimaise.

Appel d’air

« Je suis né et j’ai passé mes dix premières années, au milieu des étangs, près de Ste-Menehould, à Givry-en-Argonne. Mon père y pratiquait la médecine de campagne, et occupait le siège de maire de la commune. Puis mes parents se sont installés en Savoie. De fait, je me sens savoyard d’origine. Je ne sais si c’est la proximité des sommets qui a provoqué, chez moi, l’attirance vers le ciel et tout ce qui peut y voler, pourtant aussi loin que je me souvienne, je n’ai eu de cesse de tourner autour de cette inclination. »

Le pied à l’étrier

Lycéen à Chambéry, je me suis inscrit à l’atelier d’Arts plastiques à La Maison des Jeunes et de la Culture. Là, j’ai rencontré quelqu’un qui a joué un grand rôle dans ma vie : Jacques de Thiersant. Peintre abstrait, c’était un excellent pédagogue en ce sens qu’il nous poussait à regarder, à analyser, autant qu’à faire. Son credo : « ouvrir les yeux, apprendre la main et se remplir la tête ensuite ».
Nous étions une douzaine d’élèves, très impliqués auprès de lui, au point que 9 d’entre nous, ont poursuivi une carrière artistique. Jacques de Thiersant, organisait, pour nous, des voyages. Avec lui, nous sommes allés, entre autres, à Hauterives, visiter le Palais du facteur Cheval ; à Paris, également, pour découvrir les expositions Soulages et Hans Hartung »

Démarrage en fanfare

« J’avais obtenu une distinction, en participant à un concours organisé pour la commémoration des actes de résistance, qui ont eu lieu sur le Plateau des Glières, au-dessus d’Annecy. Ma première motivation était de pouvoir rencontrer Hans Hartung, qui présidait le jury, et dont les créations m’avaient fortement impressionné. Faisant partie des six projets sélectionnés, j’ai bénéficié d’une petite notoriété, ce qui m’a permis de réaliser la sculpture présentée, à une échelle plus réduite, pour l’Hôtel de Savoie, à la demande du Préfet. L’opération fut fructueuse : j’ai obtenu un prix, une dotation en matériel, deux propositions d’expositions et surtout une certaine crédibilité vis à vis de mes parents pour rentrer aux Arts Décoratifs de Grenoble. J’y ai enchaîné 2 années trop traditionnelles, à mon goût, avec la terrible impression que je perdais mon temps. Ensuite, ce fut les Beaux-Arts de Marseille-Luminy, puis Paris. Toutes ces années me laissaient sur ma faim, trop de théorie – on ne savait pas tenir un outil – aussi ai-je décidé de me présenter à L’École Boulle (Arts Appliqués). J’avais pris le chemin à rebours, en général, on fait L’École Boulle avant d’entrer aux Beaux-Arts. J’étais très clair sur ce que j’étais venu chercher : j’ai fait le tour de tous les ateliers pour apprendre les matériaux et leurs mises en œuvre. J’ai attrapé la passion de la matière et celle des outils. »

©Michel Gressier

Prendre l’envol

« Très motivé, j’ai commencé à agrandir mes formats. J’utilisais de grandes bâches. Ma préoccupation picturale était de réinstaller en extérieur mes peintures.
Accrocher à la falaise, un carré d’alpage, et installer un fragment de strate géologique au milieu de la prairie. Le vent n’était pas mon allié et détruisait souvent mes trop éphémères propositions. J’ai eu comme ambition, pour décupler la lecture à distance de mes peintures, de vouloir les accrocher au ciel. Je me souviens de ma première obsession qui était d’apposer les courbes, contre-courbes géologiques, sur le moutonnement des cumulus… Folles recherches : je ne connaissais rien aux lois physiques du vol. Néophyte autant sur les équilibres, les incidences et les matériaux adaptés, je cultivais les échecs tout en gardant mon enthousiasme dopé par les vraiment trop courts instants de réussite. »

©Michel Gressier

Le Cerf-Volant Club de France

Avec mon complice d’atelier, Pierre Leloup, supposant les vents plus propices en altitude, nous montons au Col des Saisies. Toujours impliqués dans nos expérimentations ridicules, nous sommes observés par un camping-cariste qui, intéressé par notre démonstration, s’approche et nous donne des conseils très utiles, on pourrait même dire, fondamentaux pour les 2 débutants que nous étions, comme se soucier de l’incidence (choisir le bon angle par rapport au flux du vent). Il reste à nos côtés tout l’après-midi, et nous apprend le b.a.b.a nécessaire à qui se mêle de faire voler un objet. » Le lendemain, nous remontons au Col des Saisies. Le camping-car et ses occupants sont encore là. « J’étais sûr que vous alliez revenir, d’ailleurs, nous pouvons prendre tout notre temps, nous avons prévu le pique-nique. Savez-vous pourquoi je m’intéresse autant à vos essais méritoires ? Je suis Jean-Louis Bouisset, le Président du Cerf-Volant Club de France, nous avons été interrogés pour savoir si des artistes utilisent le cerf-volant et je vais me permettre de donner vos coordonnées au directeur du Centre d’Action Culturelle de Caen »
Le tour du monde en cerf-volant

« Sous l’impulsion de Jean-Louis Bouisset, je participe, en 1979, au Rassemblement de Cerfs-Volants organisé par le Centre d’Action culturelle de Caen. Puis, dans les années 80, je suis partie prenante du 1er festival de Dieppe. Dans la foulée, je décroche une 1ère invitation pour Singapour. Depuis, j’ai fait le tour du monde avec mes cerfs-volants : Inde, Thaïlande, Malaisie, Japon, Chine… Fabriquer des cerfs-volants que je peins, me relie à mon ambition de toujours : faire voler ma peinture. Je suis avec ferveur, l’usure des couleurs, les contrastes lumineux à épreuve du vent, la vie d’une œuvre qui n’est pas confinée entre 4 murs… En somme, « Toute ma vie, j’ai toujours fait très sérieusement quelque chose de dérisoire. À y regarder de près, c’est l’essence même de ma vie ! »
Retrouvailles

« Je m’implique aussi beaucoup dans les premières éditions du FestiVentu à Calvi.
Je participe à sa première édition, après une importante exposition, qui a eu lieu dans le grand hall de la Fête de l’Huma pour assurer la promotion du Festival de Dieppe et la création du Festiventu. Dans l’avion qui nous embarque pour la Corse, je redécouvre un copain de promo de l’Ecole Boulle, Bernard Verlhac et Louise autre boulliste, sa femme. Je le découvre en Tignous, qui deviendra un ami, que j’invite, dans mon atelier installé dans la pinède, pour peindre un cerf-volant, comme bien d’autres artistes l’ont fait ( Charlélie C.,Charles, Bridenne Gir, etc…).
Un deuxième sera peint sur scène, lors d’un concert de Néry, puis du groupe Tryo. »

L’après 7 janvier 2015

« J’ai fait voler le cerf-volant peint par Tignous, le jour de son enterrement. L’événement a eu lieu dans l’île d’Oléron, en compagnie de Paulo, le frère de Jacques Higelin, rencontrés, tous deux, autour du Festival de Calvi. J’avais accroché sur la ligne de retenue 12 manches à air, en forme de spermatozoïdes de 3,60 m de long, qui se sont élevés pour ensemencer le ciel de belles idées comme la tolérance, le respect de l’autre…, en mémoire des 12 morts de Charlie Hebdo.

©Michel Gressier

La Touraine et la Loire pour horizon

« En 1980, j’aborde la Touraine sans imaginer que vais y jeter l’ancre…
Je viens à Tours, dans un atelier de lithographie. Au départ, j’y travaille le week-end. Je rencontre Régine Chourane, peintre lithographe qui deviendra ma compagne et ma complice. Nous installons notre atelier dans un troglodyte à Vouvray. C’est elle qui croisera la route de Jean Ley, lors d’une expo à Chailles. Ils ont lié amitié et elle me l’a présenté. À cette époque, nous gagnions notre vie en produisant estampes et aquarelles de Loire. J’ai beaucoup appris et aimé travailler sur le motif. »

©Michel Gressier

Du vent dans les voiles

« À L’École Boulle, j’ai appris à coudre à la machine, technique adaptée aussi bien aux cerfs-volants qu’à la voilerie. Sur Tours, nous avons installé ensuite un atelier où nous pratiquions estampes, peintures et cerfs-volants. Très vite, ma passion a entraîné des amis et nous avons créé l’association Le Ciel Pour Cimaise, devenue l’association L’Agence du Vent pour pouvoir participer puis organiser des festivals, dont celui de Tours, sur le Parc de La Gloriette. Impliqué dans un projet de tentative de record de vitesse, j’ai eu l’occasion de réparer des prototypes à la Voilerie Cudennec, proche de Brest. Je me souviens d’une maxime gravée sur une poutre, du côté non-visible pour la clientèle : « Couper juste c’est couper trop court ». Inscription réalisée avec une police à la mode des marins, c’est-à-dire ne comportant que des lettres arrondies (celles qui arborent des angles, sont censées porter malheur). Puis, j’ai ouvert mon autre atelier dédié exclusivement à mes cerfs-volants peints. Par ailleurs, les bateaux de Loire m’avaient séduit et je suis devenu membre de l’association la Matelote, à Bréhémont. M’installant ensuite à St Pierre-Des-Corps, j’ai adhéré à l’association La Rabouilleuse, située à La Rochecorbon. L’envie m’est venue de coudre des voiles carrées pour nos bateaux de Loire. Alors j’ai proposé aux associations des ateliers participatifs pour coudre les voiles de leurs bateaux. Ce fut le cas, pour la voile de la nouvelle toue Gueule de Bois, commandée par millière raboton. Pourquoi participatif ?
Pour que ceux qui exploitent les voiles, soient plus attentifs à leur bonne utilisation en comprenant mieux leur élaboration, le positionnement des renforts, les astuces pour installer la ralingue, et connaître, par exemple, la raison qui pousse à ferler les voiles en oblique : éviter les poches d’eau.  J’ai relié également voile et peinture, en peignant les voiles de L’École de Loire, La Rabouilleuse, que nous avons présentées au Festival de Loire à Orléans. »

©Michel Gressier

D’atelier en atelier

« Nous avons commencé la visite des ateliers par l’atelier Poisson, du nom de son ancien propriétaire, qui était charpentier. À croire que ce nom le prédestinait à devenir atelier de batellerie. Devenu propriété de la commune de St-Pierre-des-Corps, l’atelier a été mis, gracieusement, à disposition de l’association La Rabouilleuse. J’y construit actuellement mon canoë. Nous poursuivons par la visite de l’atelier-boutique, vraiment dédié à la réalisation, avec un parc de 9 machines à coudre, de tables de découpe et d’une cabine de peinture. Nous terminons par mon atelier personnel qui jouxte mon domicile à St Pierre-Des-Corps, c’est là que j’exprime ce besoin primordial de peindre, créer des mécanismes ou des instruments de musique éolienne. Je demeure fidèle à la devise inscrite dans son atelier : Immense dans la tête, grand dans l’atelier & toujours petit dans le ciel »

À quand un bel envol de cerfs-volants au-dessus du port de Chaumont-sur-Loire ?

Quelques expos à revisiter

Sur YouTube :

Michel Gressier, plasticien du vent, exposition « Machine d’ailes, Machines d’eau » film d’Ivan Petit, 2011


Verticales Couleurs,  Exposition de peintures et cerfs-volants, au siège Val de Touraine Habitat, à Tours. Film de Pierre Mobèche ( Prod Valoris’action), 2017