Blog-sur-Loire

Mars 2018

Parole de Millière !

Françoise Benassis
Ancienne présidente de Millière Raboton,
désormais blogueuse pour Millière Raboton

Printemps 2002, alors que j’arpentais les bords de Loire, à Veuves, j’ai cru être piégée par un mirage : au milieu du fleuve, une voile latine gonflée à souhait entraînait une toue à contrecourant vers Chaumont. Je n’avais vu pareille scène que dans les livres.

L’aventure Millière Raboton me faisait signe, j’allais bientôt embarquer pour une croisière au long cours d’une quinzaine d’années à ce jour.

Présidente de l’association de 2010 à 2015, je me suis passionnément investie aux côtés de Jean Ley, pour accompagner le développement et la pérennisation d’une activité qui, bien que magique dans ses réalisations, demeure fragile tant elle est liée aux caprices de la météo.

Nous avons connu de fabuleuses hautes saisons – en particulier après le passage de Millière Raboton, à la TV, dans l’émission Des racines et des ailes – et d’autres, où les réserves d’une bonne gestion ont été bienvenues. Nous avons surmonté 2 saisons moyennes successives, impossible d’imaginer en dépasser 3 !

Ces dernières années, nos voiles latines ont le vent en poupe, ce qui permet, aujourd’hui de salarier 2 guides-pilotes à plein temps et 2 saisonniers. C’est une grande satisfaction et une cohérence eu égard aux statuts de l’association qui font état de sa vocation d’insertion.

Permettez-moi d’insister sur quelques aspects qui m’ont enchantée et font que cet enchantement persiste tant d’années après : l’approche à la fois sensible et documentée du fleuve, le respect de la lenteur du temps de Loire, l’opportunité de balades en toutes saisons et à tout heure, la pratique du silence de l’observation…

À bientôt sur l’eau

Françoise Benassis

Photo Marianne Mercier

Œil de Loire

Sur le blog de février, la belle photo de neige sur Loire a été prise par Marianne Mercier d’une fenêtre de sa maison située face au fleuve. L’arc en ciel qui se déploie avec art au-dessus de la toue, est repéré du même poste d’observation. Désormais, chaque mois, nous aurons la chance de regarder l’un de « ces beaux moments » tels qu’on peut les « piquer » de cette vigie sur la Loire : « Depuis mon arrivée dans cette maison, j’ai tellement de bonheur à regarder cette vue qui s’anime sans cesse devant moi, que de temps en temps, pour fixer ces beaux moments que m’offre la nature, je fais quelques photos que je partage avec certains de mes amis  qui habitent loin de la Loire … et puis j’ai pris l’habitude d’en envoyer quelques unes à Millière Raboton… comme ça, simplement pour le plaisir du partage. »

Quoi d’9 au port d’Amboise ?

Photo de Philippe Gautier – Deux bateaux à la « remonte »

D’Amboise à Chaumont-sur-Loire, les rabonautes* à la manœuvre le vendredi 5 janvier 2018.

Dix heures du matin, je gare ma voiture sur la place du marché d’Amboise. Les membres de l’association « Millière Raboton – Homme de Loire » se sont donné rendez-vous pour remonter d’Amboise vers Chaumont les deux toues. Chaque hiver, elles sont révisées, réparées, contrôlées.

Je grimpe sur la digue, personne au port, les bateaux sont déjà en Loire. Elle a pris plus de 60 centimètres ces derniers jours, le passage du pont d’Amboise se fera sans problème. De la fin du printemps au début de l’automne, nous laissons « Peur du noir » & « Aquari Homme de Loire » en aval du pont. Les sorties sur ces deux embarcations de bois se font vers Lussault, Montlouis-sur-Loire.

Je pose mon sac, sort mon appareil photo. Je prendrai quelques clichés, je filmerai quelques séquences rejoignant mes amis dans l’île. Quelques curieux s’accoudent sur le parapet observant les bateaux. Traîné par son chien, un vieil amboisien, blasé & connaisseur, tient à me dire en me croisant que j’ai beaucoup de chance de pouvoir les photographier.

— Ils ne sortent pas souvent, profitez-en !
— Ah bon ? Mais vous les connaissez ? Vous avez internet ?
Qu’est-ce qui m’a pris ? Parler d’internet. À ce mot le chien s’est retourné vers moi, je vous assure qu’il m’a dit :
— Internet ? On peut vivre sans internet tout de même…

J’aurais voulu lui dire que 1600 personnes par an découvrent la Loire sur ces deux bateaux à Amboise & environ 4400 à Chaumont-sur-Loire, que nous embaucherons quatre guides pilotes en 2018, que… Mais ils étaient déjà loin.

Dommage, j’aurais pu leur donner les liens des quatre vidéos réalisées ce jour là, avec le mot de passe : Amboise-Chaumont

* rabonautes : appellation familière des membres de l’association Millière Raboton

Quoi d’9 au port de Chaumont ?

Samedi 3 mars

Dans le cadre de l’opération J’aime la Loire… propre, 2 toues de Millière Raboton se sont amarrées sous le pont de Chaumont, point de départ de la collecte des déchets. À 8h30, le café était servi pour réchauffer les ardeurs… 31 personnes au total, dont une dizaine Millière Raboton, ont pris place à bord. La délimitation de notre parcours allait du pont de Chaumont aux abords de l’île de la Folie. Les personnes progressaient à pied sur la berge et les toues venaient relever les sacs tour à tour. Nous avons même abordé aux îles pour les débarrasser des indésirables transportés par les eaux. Un peu avant midi, l’opération Loire propre était – proprement- terminée. Ce fut alors l’heure de l’apéritif offert par la municipalité et Monsieur le Maire en personne, avant de partager  en toute convivialité, un repas préparé par l’équipe de Millière Raboton (soupe chaude, charcuterie, fromages et verre(s) de l’amitié !). On se quitta fourbus et ravis vers les 16 heures.

Week end du 10-11 mars

Les 1ères sorties démarrent avec l’accueil d’un grand groupe de 70 personnes : des étudiants américains actuellement en séjour linguistique dans la capitale.

Samedi 24 mars

Baptiste Marseault, président de l’association USEP (sport scolaire) de l’école primaire de Chaumont, organise avec les élèves une opération de nettoyage des bords de Loire comme  il est d’usage depuis 6 ans. Au-delà de l’aspect utilitaire et nécessaire de cette activité, cette journée a vocation pédagogique et de découverte de notre patrimoine naturel. Millière s’associe à l’opération, permettant aux enfants de vivre la Loire autrement. RV à 9h30 à l’école.

https://www.lanouvellerepublique.fr/loir-et-cher/acte-citoyen-a-chaumont

Ceux d’Loire

Nicolas Bonnet
Pilote bénévole Millière Raboton
Pêcheur professionnel

« Être sur l’eau, dans la nature, c’est ma vie… Le bureau très peu pour moi ». Nicolas Bonnet est catégorique. Belle lurette qu’il sait où il a envie de travailler et d’évoluer. Sympathique, visage ouvert, regard attentif, c’est à l’évidence fort agréable d’embarquer sur une toue en sa compagnie.

Dès l’enfance

Tout gamin, Nicolas Bonnet aime passionnément la pêche. Il y consacre l’essentiel de son temps libre. Pourvu qu’il soit dans la nature seul ou avec ses copains, il se sent en harmonie avec les lieux, les paysages, en particulier, quand il pêche en Loire. Comment trouver une activité qui lui permette de vivre en pleine nature comme il le souhaite ? Une opportunité allait croiser sa route. Il n’allait surtout pas la laisser s’échapper !

Enquêteur haliétique

« En décembre 2009, j’ai appris par un ami qu’on recrutait des enquêteurs haliétiques. Sans hésitation, je suis passé de la plomberie à la pêche ». Quelle est la mission d’un enquêteur haliétique ? Il mesure (taille/poids) les poissons migrateurs, aloses et anguilles. Les aloses sont prélevées dans les filets barrages et, on pêche les anguilles au guideau (filet déployé entre 2 poteaux horizontaux, installés à l’arrière de la toue).

Apport scientifique : les aloses

« En prélevant des écailles sur les aloses, on peut calculer leurs âges respectifs (la méthode de reconnaissance s’apparente aux ronds de croissance des arbres). Comme les aloses se reproduisent tous les 4/5 ans, on peut définir sur plusieurs années à venir, l’importance des cohortes de poissons qui évolueront en Loire.

Apport scientifique : les anguilles

Les anguilles subissent des mesures internes et externes (taille, poids, diamètre oculaire). Il faut savoir que selon le sens de leur itinéraire, les anguilles se transforment : pour aller en mer, leurs yeux grossissent et des filtracelles apparaissent au niveau des branchies pour – comme leur nom l’indique – filtrer le sel. Également, quand elles repartent en mer, des points noirs se fixent sur leur ligne latérale et elles passent de la couleur jaune à l’argenté. Quand les petites anguilles arrivent en provenance de la mer des Sargasses, elles retrouvent le bassin familial.

L’analyse peut s’affiner en interne, ainsi, il est possible que la vessie natatoire soit contaminée par un parasite, on compte alors le nombre de parasites (des vers) et l’on émet des questionnements : cela gêne-t-il la reproduction ? Quelle est l’influence de la pression des eaux en mer ? Autant d’hypothèses à creuser…

Pêcheur professionnel

« Salarié de Philippe Boisneau, je suis actif de Chaumont-sur-Loire à Tours et jusqu’à Ancenis pour les mesures haliétiques. On pêche au filet puis on travaille le poisson en le filetant pour une clientèle de restaurateurs, en le fumant (je vous conseille un excellent silure fumé), en cuisinant des accras de poisson blanc, en  valorisant les carcasses (projet d’élaboration de garum en 2018). Notre grand principe : éliminer le plus possible de déchets en transformant au mieux les poissons. »

Solidarité et tensions en Loire

« Pour moi, vivre et travailler sur la Loire revient aussi à pratiquer au quotidien une certaine solidarité avec tous ceux qui évoluent sur les rives et sur le fleuve. Des problèmes sont devenus récurrents entre pêcheurs professionnels et pêcheurs à la ligne. Ces derniers reprochent aux professionnels de « vider » la Loire de ses poissons sans imaginer que  si les saumons et les aloses se font plus rares, on peut « incriminer » d’autres facteurs : barrages, ponts, hauteurs des eaux (les migrateurs prennent du retard)… La corbicule, parasite véhiculé par les bateaux dans les estuaires, filtre l’eau et détruit le plancton privant ainsi les alevins de nourriture… L’eau est claire mais aussi polluée par les algues filamenteuses qui se développent plus facilement à cause du réchauffement climatique et de la clarté des eaux sans compter l’azote et les nitrates par dessus le marché ! »

Trop de silures ?

« Pour les pêcheurs c’est un poisson trophée il faut prévoir une régularisation de la production pour éviter un impact sur la biodiversité »

Rencontre avec Millière Raboton

« Au cours de balades en Loire, j’ai sympathisé avec Jean Ley.

Tout de suite j’ai eu envie de passer mon permis bateau pour devenir pilote bénévole. J’aime le contact avec les gens. Quand ils sont sur l’eau, c’est comme s’ils larguaient les amarres pour « être » de la nature. J’ai grand plaisir à parler des oiseaux, des plantes, des poissons surtout… J’espère avoir la chance au cours de mes balades, d’observer des boules de silures et, pourquoi pas revoir un silure albinos … J’ai des projets de sorties de pêche avec Millière Raboton pour offrir de nouveaux thèmes de balade… En somme, autant d’opportunités de vivre sur l’eau comme je l’aime tant ! »

À bientôt sur une toue Millière Raboton avec Nicolas Bonnet

Conception-Rédaction Françoise Benassis
Direction artistique Adèle Gagnier