Blog-sur-Loire

Novembre 2018

Parole de Millière !

Agnès Legout-Catelain
Présidente de Millière Raboton

Une bonne nouvelle en ce mois de novembre : la Loire remonte.

Qu’elle continue sur cette lancée et nous pourrons envisager la remontée des bateaux du port d’Amboise à celui de Chaumont.

Photo Stéphane Doussard

Cette remontée promet d’être un moment festif de convivialité en compagnie de bénévoles disponibles ce jour là. Nos bénévoles étant toujours partants à la moindre sollicitation pour participer aux activités, nous souhaitons, de notre côté, les honorer et les remercier pour leur concours et leur amitié.

D’ailleurs, il serait intéressant d’organiser avec le CA, une réunion avec tous les bénévoles afin de mieux comprendre et accompagner cette dynamique du bénévolat, avec dans l’idée d’imaginer un déroulé sur toute l’année qui comporterait certes des séquences actives, surtout en haute saison, mais aussi des moments récréatifs et conviviaux.

Pour amorcer, ces moments récréatifs et conviviaux, il est prévu une Journée Bénévoles ce 29 novembre dans le cadre de Rendez-vous dans les vignes, chez Myriam Fouasse-Robert.

À bientôt sur l’eau !

Quoi d’9 au port de Chaumont-sur-Loire ?

Avant de goûter au Rendez-vous dans les vignes, chez Myriam Fouasse-Robert, une dizaine de bénévoles (de longue date ou tout nouveau) ont retroussé leurs manches les samedis 27 octobre et 3 novembre pour aspirer, nettoyer et briquer à neuf les bateaux. Grand nettoyage d’automne indispensable après la haute saison. Même Thomas est venu faire un tour (efficace) bien que sa saison soit achevée…

Quoi d’9 sur le chantier de restauration ?

Des nouvelles de Boire courant : le 1er bord est achevé, on attaque le 2ème.  En effet, la restauration porte sur les 2 côtés et l’arrière. Quand la restauration s’achèvera Boire courant sera rénové à environ 70%. Le temps est compté pour finir la réalisation car la Loire monte…

Photos Stéphane Doussard

Quoi d’9 au port d’Amboise ?

Avant de remonter les bateaux vers Chaumont – selon l’agrément de la Loire – le grand nettoyage d’automne des 2 toues amarrées au port, doit être programmé très bientôt. Avis et déjà grand merci, aux bénévoles…

Photo Stéphane Doussard

Quoi d’9 à Tours ?

Agnès Legout-Catelain et Philippe Gautier, en nom de Millière Raboton, homme de Loire, interviennent à la 12ème édition des Rendez-vous du Val de Loire patrimoine mondial, le 28 novembre, au Centre de Congrès Vinci à Tours. Événement d’importance : 500 participants sont attendus. Les thèmes abordés concernent : Paysage et bien-être, Aménagement du territoire, Valorisation touristique et culturelle, Rives de Loire. C’est une grande opportunité d’échanges et de rencontres entre professionnels et porteurs de projets. Nous nous y sommes particulièrement intéressés car la thématique générale traite des usages de la Loire. Agnès et Philippe présenteront l’aventure des Traversées dominicales d’Amboise en valorisant les témoignages des habitants, des membres de l’association Millière Raboton, des bénévoles et des guides-pilotes.

Quoi d’9 en Loire ?

Gérard Schmitt, bénévole – très présent – à Millière Raboton, est un observateur passionné de la nature et, en particulier de Dame Loire et de son univers. Peut-être que son instinct de pêcheur et de chasseur le guide au bon moment, au bon endroit… Ainsi, l’autre jour, passant par Candé à la tombée du soir, il a aperçu venant de l’Est un vol nourri d’oies sauvages. Il précise en connaisseur : « Des oies cendrées et des oies des moissons, ces dernières sont facilement repérables à cause de leur petite taille. Elles volaient assez bas à une hauteur d’une vingtaine de mètres environ. C’est assez rare de voir des vols d’oies sauvages au-dessus de la Loire. Elles se dirigeaient vers l’Ouest en quête d’herbus car elles se nourrissent d’herbe comme les moutons. Je les ai entendues venir de loin, c’est ce qui m’a alerté. Leur cri est saisissant : il serait plus fort et aigu lors du passage migratoire. Savez-vous quel verbe définit le cri de l’oie ? Le vocabulaire français se révèle assez riche : les oies criaillent, sifflent ou cacardent. Je fais mon choix : c’était magnifique de les voir voler cacardant comme des folles dans le ciel rouge du couchant en direction de Chaumont-sur-Loire… »

Ceux d’Loire

Dominique Luquin
Femme de Loire

Association Millière Raboton, Homme de Loire… certes… certes… tous les adhérents reconnaissent cette dénomination comme constitutive de l’association, et ce, d’autant plus volontiers qu’elle est liée au créateur de l’activité des balades en toues : Jean Ley.  Voilà qu’est venu, en parallèle et à hauteur d’homme, le temps des femmes de Loire : Dominique Luquin, pilote bénévole, prend la parole pour nous conter son aventure ligérienne qui se confond, tout simplement, avec sa vie.

Le sens du courant et du contre-courant

Dès l’aube de son existence – Dominique voit le jour à Beaugency – la Loire se mêle du sens de sa vie. Ce n’est pas seulement une boutade, sa trajectoire personnelle en témoigne : elle a évolué au fil du courant avec quelques entorses a contrario. De Beaugency, terre de sa naissance, en passant par Meung-sur-Loire,  puis à Orléans au lycée Jean Zay,  à Tours à la Faculté de médecine, avant de s’installer à Blois pour y mener sa carrière de dermatologue, elle y habite encore une fois retraitée. Pour autant, elle ne s’est pas échouée complètement à Blois… Toujours en route vers l’estuaire, elle a jeté l’ancre – elle n’a peut-être pas encore dit son dernier mot – à Bréhémont dans une maison de rive de Loire où elle a l’impression de vivre au quotidien les pieds dans l’eau…

Les jeunes années

À Beaugency et à Meung-sur-Loire, enfance et adolescence se jouent au plus proche de la Loire. Des plans séquences lui montent aux yeux : la plage de Beaugency aménagée sur la rive gauche en face d’un dhuit*, Dominique vivait sur la rive droite, il lui fallait donc traverser la Loire pour joindre la plage. Grand bonheur quand le passeur était là et assurait la traversée en toue. En son absence, c’était galère d’effectuer le trajet à pied en traversant le pont pour revenir rive gauche jusqu’à la plage.

Autre plan séquence : le temps libéré passé à la plage de Meung-sur-Loire, en mai/juin 1968, alors qu’elle avait complètement occulté la préparation du bac … Toute son adolescence se déroule sur cette plage avec une flopée de copines et copains. C’est joyeux, roboratif, dynamique, excessif à l’image de cet âge qui évoque aussitôt la jeune Loire effrontée et ses petits filets d’eau se faufilant d’en dessous du Mont Gerbier-de-Jonc pour se glisser presque incognito sous le panneau posé opportunément : Ici commence ma course vers l’océan…

*Un duit ou dhuit est une petite digue submersible construite dans le lit mineur, parallèlement à l’écoulement.

Immersion ligérienne

« Immersion au sens strict du mot, c’est l’un de mes premiers souvenirs, peut-être le premier : comme chacun sait, il arrive que du bord, ça descende très vite quand on entre dans l’eau. L’événement a eu lieu sur la plage de Beaugency, j’étais très jeune aux alentours de 5/6 ans : plouf,  j’ai disparu au fond.  J’ai ouvert les yeux dans l’eau, j’ai retenu ma respiration et je me suis sentie soulevée. On m’a retirée de l’eau. Je suppose que le sauveur était l’un de mes frères. Je ne me souviens pas d’avoir eu peur mais mon corps a du prendre acte du danger potentiel de la Loire».

Éducation ligérienne

« J’ai eu la chance d’avoir un lien important avec le mari de ma marraine,  un homme multicarte : médecin, pêcheur, chasseur et un peu braconnier, et aussi jardinier. Avec pareil pédagogue, je me suis familiarisée avec les pratiques de chacune de ses spécialités, y compris la médecine ! Ainsi, j’aimais particulièrement la préparation des appâts. Je me souviens de la recette : mie de pain, patates cuites, œufs, anis. Je pétrissais le tout avec énergie. J’adorais ça. Après, il fallait aller appâter la veille au coin de pêche. Quelles ablettes nous avons prises… La Loire, il fallait faire attention, et les adultes se sentaient responsables de l’éducation qu’ils donnaient à ce propos aux plus jeunes. Le mari de ma marraine possédait 30 ha en Sologne qui comportaient deux étangs. Alors que ce soit sur les rives de Loire ou en Sologne, je passais l’été en maillot de bain avec des bottes et un bâton à la main car : « On regarde d’abord avec le bâton avant de prendre à main nue ».  La transmission était cruciale et je  la recevais ainsi dans ma tête : c’était dit, clair, net, précis, rien à discuter, car instinctivement je savais que c’était vrai.  C’était un réel passage de connaissances pour mesurer les dangers et apprendre les bons comportements. Plus tard, avec prudence, quand le temps de la plage arrivait, on repérait les coins de Loire sans danger et on se tenait au périmètre qu’on avait délimité »

Escale blésoise

« J’ai renoué plus étroitement le fil avec la Loire quand je suis venue m’installer dermato avec mes 2 filles Valérie (3 ans) et Amandine (2 ans) et mon chien Omer acheté avec la prime de naissance d’Amandine au marché aux fleurs de Tours. Tout devenait but de promenades sur les bords de Loire avec les enfants et le chien… J’ai d’abord habité en Vienne – je traversais la Loire tous les jours sur le magnifique pont Gabriel – puis rue des Cornillettes. Jean Ley est venu me consulter et m’a proposé de venir en balade sur une toue…  et là, j’ai contracté le virus Millière Raboton contre lequel n’existe aucune immunité, on l’attrape et on le garde ! »

Virus Millière

« J’ai tout de suite eu envie de m’investir plus au niveau de l’association car le plaisir d’être sur l’eau allait bien au-delà de la balade. Sur l’eau, j’ai expérimenté une autre dimension dans l’appréhension du fleuve et de la nature, de jour comme de nuit : quand on se retrouve au milieu de la Loire, on évolue dans un autre univers. Ce fut aussi tout le repérage avec FR3 avant le tournage Des racines et des ailes avec un bivouac mémorable sur la bordure de la rive droite, à la confluence de la Loire et de la Vienne face à Candes-St-Martin et au village de Montsoreau.

Les coucher et lever du soleil illuminant les maisons de tuffeau et l’église de Candes jusqu’à l’élégante façade du château de Montsoreau, ont consacré en quelque sorte mon retour au fleuve quand on navigue sur ses eaux et qu’on devient élément de sa nature et de son paysage.

Escale Bréhémont

Plusieurs années de suite, j’ai descendu la Loire en canoë de Tours à Saumur, en marquant un arrêt à Bréhémont où une amie très chère avait eu un coup de cœur pour une belle maison face à la Loire. Depuis toujours, me trottait en tête  l’idée d’acheter une maison qui s’ouvrirait directement sur la Loire sans contraintes ni de route ni de nuisances sonores. Alors que je faisais pour la 3ème fois cette descente de Loire, miracle : une petite maison était à vendre. Sans hésitation, je l’ai achetée tout de suite. Le premier de mes 4 petits garçons, Matthieu est souvent venu à Bréhémont, en général une semaine à chaque vacances scolaires, dès l’âge de 4 ans. Auprès de Matthieu, j’ai transmis tout ce que je pouvais : la beauté, les dangers, le ciel, les nuages, les couchers de soleil, les piqués de sternes, les bois de castor, l’art de faire le feu, gratter la terre dans le petit jardin, planter les fleurs, les légumes…  Le cousin Balthasar a suivi en compagnie du frère de Matthieu, Alexis. Aujourd’hui, c’est au tour d’Ulysse, petit frère de Balthasar de demander à séjourner à Bréhémont. Je me suis ainsi retrouvée, avec bonheur, dans la transmission et nous continuons de repérer ensemble pas à pas tout ce qui constitue un véritable trésor de beautés… Je suis très attachée à la transmission des valeurs ancrées dans notre patrimoine ligérien.

Pilote de toue confirmée

À Bréhémont, comme à Chaumont-sur-Loire, Dominique Luquin se passionne pour l’entretien des bateaux, car au-delà de la rusticité des tâches, ce sont de formidables moments de partage et de convivialité. Il faut préciser également que Dominique a passé le permis bateau à passagers en 2007. Elle tient à rappeler que, par expérience, la lecture de la Loire lors de la navigation sur un parcours non balisé s’avère complexe et difficile mais tellement excitante !

Toute une vie au fil de la Loire, un destin qui fait rêver…

Conception-Rédaction Françoise Benassis
Direction artistique Adèle Gagnier